Le genre féminin en 2020

À l’école, on nous apprenait que le masculin l’apportait sur le féminin. Puis, logiquement, il fallait bien faire un choix! Mais pourquoi choisir le genre masculin au lieu du genre féminin? Est-ce vraiment nécessaire?

Si je vous disais que cette «règle» a été inventée par sexisme? Avant même que l’idée que le masculin l’emporte sur le féminin, il y avait la règle de proximité et cette règle n’a jamais été officiellement supprimée des grammaires.

La règle de proximité

On accorde avec le genre et en nombre avec l’élément le plus près. Par exemple, ces hommes et ces femmes sont nées en Angleterre. L’accord du participe passé devrait se faire avec les «femmes». Bon, comme depuis quelques siècles, les règles ont un peu changé, on écrit plutôt : «Les hommes et les femmes sont nés.»

Toutefois, même si on a appris à accorder de cette façon, c’est une faute. Pour éviter cette faute et pour respecter l’idée que le masculin l’emporte, on va reformuler la phrase de cette façon : «Les femmes et les hommes sont nés en Angleterre.» On respecte la règle de proximité et l’idée répandue que le genre masculin l’emporte sur le féminin.

La règle du genre masculin comme genre neutre

L’idée que le masculin l’emporte sur le féminin est tellement répandue qu’on croit que la langue a été ainsi construite, alors que c’est complètement faux. Jusqu’au 18e siècle, le masculin ne l’emportait pas sur le féminin : il n’y avait que la règle de proximité. On pouvait dire : «Les chiens et les vaches sont passées par ici.» Bizarre, mais grammaticalement, cette phrase était correcte.

Pour certains grammairiens (et d’autres personnes avec un certain pouvoir), le fait qu’en français, il n’y ait pas de genre neutre posait problème. Après quelques débats qui ont duré quand même plusieurs décennies (plus qu’un siècle même!), en 1767, le grammairien Nicolas Beauzée affirme ceci (et il n’est pas le premier) : «Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin, à cause de la supériorité du mâle sur la femelle.» C’est légèrement condescendant et prétentieux. Évidemment, je l’espère sincèrement, aujourd’hui, ce genre d’arguments ne passerait pas. Bref, la règle de proximité existait bien avant celle que le masculin l’emporte.

En 2020

Une règle qui existe seulement parce que les femmes étaient considérées comme inférieures aux hommes a-t-elle encore une raison d’être en 2020? Socialement, on parle d’égalité des femmes et des hommes, mais notre langue transporte et propage cette inégalité.

Depuis la fin du 20e siècle, des femmes essaient de faire changer les choses : revenir à l’ancienne règle et éliminer la règle du masculin qui l’emporte. Un groupe de femmes va même jusqu’à présenter une pétition à l’Académie française. On leur souhaite bonne chance et peut-être que l’Académie fera quelque chose avant la fin de ce siècle… peut-être.

Au Québec, l’Office a émis le même conseil que je vous ai donné plus haut. Si le mot féminin est plus proche, inversez l’ordre dans la rédaction. Le genre masculin est encore officiellement considéré comme le genre neutre.

Que faire en rédaction?

Devrait-on continuer d’utiliser cette règle? Qu’est-ce que je vous conseille de faire? Lorsque je révise un texte, je reformule la phrase pour éviter cette problématique comme dans l’exemple plus haut. «Ces hommes et ces femmes sont nées en Angleterre.» Pour éviter une faute, je vais suivre la règle de la proximité et je vais inverser les mots «hommes» et «femmes : «Ces femmes et ces hommes sont nés en Angleterre.»

Donc, suivez la règle de proximité et, pour faire plaisir à ceux et celles qui souhaitent encore appliquer cette règle, inversez les mots.

L’utilisation du genre féminin, la «supériorité» grammaticale du genre masculin et la féminisation des textes et des titres sont des questions encore importantes aujourd’hui concernant le débat des féministes et la langue.

Voici une vidéo qui explique la problématique du genre grammatical et du genre social qui sont interreliés. Après tout, notre langue est un reflet, une représentation de notre société.

Bref, même si ce n’est pas un combat primordial dans la lutte des droits des femmes, le fait que ce «masculin» l’emporte dans notre langue en dit beaucoup sur l’ampleur de la tâche pour atteindre une vraie égalité sociale des femmes et des hommes.